Notre système immunitaire est constitué de milliards de cellules spécialisées circulant partout dans notre corps afin d’assurer notre protection permanente et parfaite , dans un subtil dosage entre tolérance et rejet , tout en sachant apprendre, s’adapter et mémoriser.
Il est caractérisé par une extraordinaire capacité d’échanges d’informations entre ces cellules immunocompétentes , grâce aux cytokines(petites molécules capables d’envoyer des signaux d’action justement adaptés), et à une forte régulation .
Ce système de défense extrêmement performant , repère à chaque instant tout danger même infime afin d’éliminer virus, bactéries, polluants, cellules anormales etc.
Il fonctionne en deux temps :
- Une réponse immédiate (« immunité innée »),rapide mais peu spécifique
- Une réponse adaptative ( « immunité acquise ») plus lente mais capable d’apprendre et de mémoriser
C’est cette seconde réponse qui fait toute la sophistication de notre immunité : elle permet à l’organisme de reconnaître précisément ce qui est dangereux … et ce qui ne l’est pas.
Dans L’allergie, ce système d’apprentissage commet une erreur : il identifie une substance inoffensive , ici le pollen d’ambroisie , comme une menace ; et cette erreur est génétiquement déterminée
La défense devient alors excessive :
Certaines cellules du système adaptatif ( les lymphocytes B) produisent alors des anticorps spécifiques de l’ambroisie ( les IgE )qui se fixent à la surface de cellules spécialisées ( les mastocytes) que l’on peut comparer à de petites « bombes inflammatoires » : lors du contact avec le pollen d’ambroisie, ces cellules libèrent brutalement de l’histamine et autres médiateurs chimiques , déclenchant immédiatement les symptômes de l’allergie : éternuements, écoulement nasal, conjonctivite, démangeaisons, toux , asthme …
Le rôle central d’un acteur clé : la cellule dendritique
Véritable chef d’orchestre de la réponse immune elle est présente à tous les stades :
Physiologiquement , comme une sentinelle qui repère initialement l’intrus , l’analyse , « l’apprête » afin de le présenter aux cellules de défense ( les lymphocytes T auxiliaires ) afin de décider s’il faut déclencher une réaction d’attaque ou si l’on peut tolérer cet élément . Cette décision dépend du contexte dans lequel la cellule dendritique rencontre l’antigène, notamment des signaux de « danger « qu’elle perçoit .
Sans cellule dendritique , il n’y aurait pas d’immunité adaptative !
Dans l’allergie , la cellule dendritique favorise une réponse excessive de rejet au lieu d’induire une tolérance
Normalement ,lorsque la cellule dendritique présente l’antigène au lymphocyte T, il se produit une interaction très précise , une sorte de face à face cellulaire . Ce moment est crucial et c’est là que se décide l’orientation de la réponse immune .
Selon les signaux transmis, les lymphocytes T peuvent activer une réponse inflammatoire , ou au contraire favoriser une réponse régulatrice et apaisée
Dans l’allergie , cette orientation penche du mauvais côté…
Et c’est là qu’intervient tout l’intérêt de L’Immunothérapie spécifique (ITS) qui grâce aux avancées récentes , notamment sur la cellule dendritique et les mécanismes intimes de régulation , est capable d’induire une nouvelle tolérance .
Le principe de l’ITS repose sur l’administration quotidienne sublinguale de petites doses d’allergène ( ici une sélection de fractions antigéniques « majeures » d’ambroisie) ;ces faibles doses adoucissent le signal de danger repéré par la cellule dendritique et celle-ci va orienter la réponse immune vers une tolérance :
Progressivement l’organisme change de stratégie : au lieu de déclencher une réaction allergique , il développe des mécanismes de régulation :
- Apparition de lymphocytes T régulateurs, véritables cellules « calmantes «
- Production de cytokines antiinflammatoires ( Il10 et TGF beta)
- Modification durable du fonctionnement immunitaire , y compris au niveau de l’expression des gênes
- En parallèle les lymphocytes B cessent de produire des IgE spécifiques et fabriquent au contraire de nouveaux anticorps , comme les IgG4 et les IgA qui agissent comme des anticorps « bloquants »
L’ITS est fondamentalement différente des traitements médicamenteux qui ne font que masquer les symptômes .Elle est seule capable de modifier l’histoire naturelle de la maladie
Elle agit en profondeur en modifiant la manière dont le système immunitaire perçoit l’allergène , en stimulant les mécanismes de régulation antiinflammatoires et même certains processus biologiques durables ( épigénétique)
C’est une véritable reprogrammation du système immunitaire
En pratique , l’ITS à l’ambroisie est réservée aux patients porteurs d’anticorps spécifiques de type IgE . Il faudra s’en assurer en faisant des tests cutanés . Ces tests reproduisent la libération d’histamine induite par le complexe antigène-IgE à la surface des mastocytes . Sachant que le pollen d’ambroisie peut induire des réactions irritatives non immunologiques, on ne peut pas faire l’économie de ces tests , éventuellement remplacés et ou complétés par le dosage des IgE spécifiques .
La voie sublinguale est privilégiée car sans risque de réaction générale sévère comme on a pu l’observer dans le passé avec la voie injectable . On profite en effet de la meilleure tolérance au non soi au niveau de la bouche .
Les doses progressivement croissantes sont administrées sous forme de gouttes à garder sous la langue environ 30 secondes , avant de les avaler ou de les recracher, chaque jour , sur un mode pré et cosaisonnier ( au minimum du 1er juillet à fin septembre )
Il n’y a pas d’âge limite , mais ce n’est guère possible avant l’âge de 5 ans ; chez l’enfant il est d’ailleurs conseillé de ne pas trop attendre l’aggravation de la maladie et ses complications (asthme ) pour entamer le traitement spécifique
Les traitements symptomatiques sont maintenus ,à la demande
Les contre-indications sont rares et évidentes : déficits immunitaires graves, maladies auto-immunes , cancers
Les effets indésirables locaux sont bénins et fréquents , à type de démangeaisons et ou d’œdème sous la langue . Il faut parfois diminuer la progression .
Il n’y a pas de risque de réaction généralisée
L’efficacité se mesure par la diminution significative des scores cliniques et /ou de consommation médicamenteuse par rapport à l’état antérieur et doit être obtenue dès la première année .les résultats sont globalement bons, autour de 70%…
On poursuivra alors le traitement pré et cosaisonnier pendant au total 4 ans
Cette nouvelle tolérance se traduit cliniquement par un changement radical de la symptomatologie saisonnière : le patient supporte sans problème des quantités polliniques beaucoup plus importantes . Néanmoins il sera quand même gêné en cas d’exposition extrême …
Au total , l’ITS ambrosia est une technique thérapeutique de grand intérêt capable de reprogrammer le système immunitaire en lui réapprenant progressivement à accepter calmement ce pollen . La compréhension récente des mécanismes intimes de régulation permet d’espérer encore de futurs progrès.
L’allergie à l’ambroisie enfin est un réel problème en terme de coûts de santé. En 2020, un rapport de l’ANSES évaluait le nombre de personnes atteintes d’allergie à l’ambroisie en France entre 1 et 3,5 millions d’habitants, soit 1,7 à 5,4% de la population française.
Le coût estimé de cette pathologie est évalué entre 400 à 650 millions d’euro par an. Ces coûts comprennent les soins médicaux directs, les pertes de qualité de vie, les pertes de production. En cas d’infestation massive du territoire, les projections à court terme prévoient une multiplication par 2 des patients atteints d’allergie et donc des coûts de santé.
Il est donc urgent d’optimiser la prise en charge de l’allergie à l’ambroisie, tant par des mesures environnementales de grande échelle que par un traitement spécifique adapté.
Sources
GROSCLAUDE, M. & PAYOT, F. (s.d.). L’immunothérapie spécifique (ITS) à l’ambroisie : une véritable rééducation du système immunitaire. Document de référence fourni à FREDON France.







